Du rhum, des femmes… Si tu aimes les piña colada, te faire surprendre par la pluie… Bon, d’accord, laissons de côté nos talents musicaux et gardons le répertoire de chansons pour une autre édition. Penchons-nous plutôt sur l’un des breuvages les plus emblématiques des îles (et des continents) : le rhum !


Le Nouveau Monde comme berceau

Originaire des Amériques, et plus spécifiquement des colonies des Caraïbes, on retrouve des archives évoquant la boisson dès 1688 (certaines mentions remontent à 1627) sur l’île de la Barbade. Son ingrédient principal : la canne à sucre, provient d’Asie et s’est répandue au septième siècle via le commerce (et les conquêtes) arabe. Les Espagnols en plantent dès le second voyage d’un certain Christophe Colomb, en 1493. Le rhum connaîtra ses premières heures de gloire avec l’âge d’or de la piraterie et du commerce maritime, avant de conquérir les continentaux sous forme de dégustations ou de cocktails. Aujourd’hui, 80% des rhums proviennent encore des Caraïbes, où l’on peut jeter quelques goûtes au sol pour honorer Dieu, la Pachamama, Hemingway ou les milliers d’esclaves morts dans les champs de cannes à sucre.

Simple en apparence, cette eau-de-vie se base sur une fermentation, puis une distillation, de canne à sucre ou de sous-produits de l’industrie du sucre. D’ailleurs, selon l’origine de ce produit, l’alcool portera l’appellation « agricole » ou « industriel ». Il se distingue par la suite selon sa couleur, blanc (idéal pour les mélanges) ou brun (idéal pour savourer un goût plus corsé et épicé). Enfin, une dernière séparation s’effectue par la langue utilisée. Le « rhum » désigne plutôt les produits des Antilles françaises, le « rum » sera de tradition britannique (avec une double distillation) et le « ron » évoquera Cuba et la tradition espagnole.

Les catégories de rhum comptent donc les agricoles (aussi appelés z’habitant dans les Antilles françaises), obtenus par distillation de jus de canne à sucre frais, puis les mélasses, rhum industriel, proviennent du résidu du sucre de canne. Le rhum peut être blanc, ambré ou sombre (« dark »), conservé au moins quelques années en fût de chêne. Enfin, les rhums peuvent se conserver longtemps et gagner l’appellation « vieux » (minimum trois ans en fût), des millésimes ou affinages. Les rhums arrangés représentent tout ajout d’ingrédients dans du rhum de base, appelés en Anglais « spiced rhum », alors que les « overproofs » indiquent une présence d’alcool élevée, tournant autour des 70%. Dernières nouveauté en date : il existe désormais un rhum effervescent chez Appolinaire.

Meilleur et pire ami des marins

Si le rhum colle si bien à l’imagerie collective des marins, et plus particulièrement des pirates, ce n’est pas un hasard. L’alcool présentait moins de risque que la consommation d’eau (alors non-désinfectée) et on lui prêtait des vertus médicinales. Servi sous forme de rations, le rhum (ou plutôt le tafia, une variante de moindre qualité) fut d’abord réservé aux esclaves noirs, aux aventuriers et boucaniers (des colons français plutôt rudes). La marine royale anglaise transforma cette ration journalière en véritable tradition jusqu’en 1970. La raison de cet arrêt ? La découverte incroyable que l’eau (désormais saine) représentait moins de risque d’accident pour les marins et les ouvriers des temps modernes. La rumeur raconte même que l’abus de rhum aurait tué plus de marins anglais que les batailles navales… Les dernières rations s’arrachent cependant encore à prix d’or chez les amoureux du breuvage. Une journée officielle célèbre même ce type de rhum particulier : le « black tot day » qui se tient chaque 31 juillet.

Plus accessibles et pourtant étonnants, certains cocktails comme le Mojito nous viennent directement de cet héritage historique. Le pirate (puis sir) Francis Drake aimait par exemple siroter son rhum avec des feuilles de menthe et du sucre, sans se douter que sa boisson deviendrait en 1910 un cocktail officiel et surtout populaire à travers le monde. Oubliez donc les rhum-coca d’une célèbre marque utilisant un pirate flamboyant comme mascotte !

Yap magazine

The Black Tot Day

Une fabrication encore peu contrôlée

Fort heureusement, les colonies se sont affranchies et l’esclavagisme est devenu illégal. Pourtant, difficile de retracer et de consommer un bon rhum éthique. Si d’autres alcools comme le vin ou la bière doivent ou choisissent de mettre en avant les ingrédients bio, les techniques respectueuses de la nature ou les indications concernant certaines spécificités (calories, sulfites, gluten), on retrouve rarement des indications concernant les… humains. Pourtant, les deux restent intimement liés et une des rares initiatives de production d’un rhum des îles fair-trade capota à cause du facteur humain. Quelques Français aventureux tentèrent en effet de lancer la production d’un rhum, sobrement appelé FAIR, en Jamaïque. Malgré la qualité indéniable du produit, et le salaire décent des ouvriers, l’expérience s’arrêta nette à cause de problèmes de certifications. Dans les coulisses, les pressions du gouvernement local pour limiter la grogne des autres ouvriers, payés presque rien, ne furent pas étrangères à l’arrêt de l’activité… Heureusement, d’autres initiatives existent (au Belize par exemple) ainsi que chez de grosses marques comme Zacapa ou Oxfam. En parlant de Zacapa, nous avons interviewé Lorena Vasquez, master blender de la marque. Interview à retrouver ici.

Que l’on préfère les cocktails colorés ou un verre « on the rock » avec juste quelques glaçons… Il existe des rhums pour tous les goûts. Une affirmation qui se traduit par un engouement accru du grand-public ces dernières années. Loin de se contenter de quelques marques commerciales assez fades, les consommateurs, apprentis-dégustateurs et autres marins d’eau-douce, cherchent la qualité, l’information et des conseils pointus. Des boutiques spécialisées ouvrent, et des salons dédiés permettent aux visiteurs de découvrir des palettes de divins breuvages. Et si vous n’êtes toujours pas convaincu, sachez que le rhum se conserve très bien et pourra ravir vos convives de passage bien plus tard, quand vous aurez vidé le vin et la bière.

Dernière astuce : une confrérie du rhum existe sur Facebook. Secret mais ouvert, le groupe discute activement tous les jours sur le rhum.

Article originellement publié sur YAP!