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Stoemp

Stoemp: Bruxelles regorge de bons restaurants

Une opinion, publiée dans la Libre Belgique, permet à un certain Bruno Bernard de lancer une complainte contre Bruxelles et la prolifération de snacks. Une critique de notre capitale, pourtant en plein renouveau culinaire. J’ai eu envie de tordre le cou à ces idées préconçues à la limite du racisme déguisé.
La première question qui peut venir à l’esprit se pose sur la qualité du message ou de l’information véhiculée. Pourquoi publier l’avis d’un économiste pour parler de restaurants? Parce que cet avis tombe plutôt bien à l’approche des élections (communales puis régionales), va dans le sens de l’idéologie du journal (droite, catholique, plutôt réac) et renforce une image de “capitale belge envahie par les étrangers”. L’auteur est d’ailleurs décrit comme un “touriste dans son propre pays”, ce qui peut avoir un double-sens ravageur.
Laissons-lui le bénéfice du doute et analysons ses arguments:
“Bon, nous allons dans un vrai Stoemp (petit resto bruxellois typique) manger des moules frites avec une Kriek locale.” annonce-t-il à sa femme lors d’une visite du centre de Bruxelles. Sauf qu’un stoemp, c’est un plat (une purée avec des légumes) et pas un surnom bruxellois pour un restaurant. Jusqu’à récemment, à quelques pas de la Grand Place, le restaurant Madame Chapeau proposait d’ailleurs ce plat emblématique pour l’entièreté de sa carte.
Ensuite, les moules ne sortent que le temps d’une saison et viennent des Pays-bas. Les moules françaises, plus petites et gourmandes, se retrouvent plus longtemps mais ne collent pas aux habitudes des Bruxellois ni à l’image invoquée par l’auteur.
Enfin, la kriek locale n’existe que dans une brasserie: Cantillon. Située près de la Gare du Midi, elle est également entourée de… snacks. Les autres krieks sont toutes fabriquées en dehors de Bruxelles. Certains restaurants placent les bières à fermentation spontanée sur leurs magnifiques cartes tout en étant également proches du centre: le Nüetnigenough ou le magnifique restaurant des Brigittines.
Bruno Bernard se plaint ensuite d’avoir cherché longtemps un restaurant typiquement belge (je suppose qu’il parle d’une brasserie) alors qu’ils sont légion (même si pas forcément qualitatifs) dans le centre-ville. Citons par exemple le Pré Salé ou encore Viva Mboma pour d’excellentes préparations typiques dans un cadre chaleureux.
Nous ne reviendrons pas sur sa proposition de créer une taxe pour protéger les “stoemps” (???), pure démagogie populiste luttant contre l’invasion de la nourriture rapide tenue par des personnes d’origines étrangères. Pas un mot sur les grandes chaînes de Fast-Food qui ont pignon sur rue dans tous le centre, ni sur Coca Cola qui possède la publicité la plus visible planant au-dessus de la place De Brouckère, ou même sur le sponsoring de nos fameux Diables Rouges par ces mêmes marques.
L’opinion publiée sur La Libre Belgique n’avance aucun argument, ni proposition si ce n’est de taxer la restauration tenue par des “étrangers” (l’auteur parle bien de kébab et non pas de friteries). De quoi rappeler la vague idée d’enregistrer les Juifs qui mangent kasher en Autriche (sous gouvernement d’extrême-droite) ou d’autres sombres moments (non-culinaires) de notre Histoire moderne…

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  1. stoemp_et_fière

    Que ce soit dans les commentaires pro pittas & Co dans la Libre ou dans cet article, la proportion mentionnée d’établissements de pittas & Co dépassent largement les “quelques” adresses mentionnées de restos Stoemps. Il faudrait être aveugle pour ne pas le remarquer,

    CQFD.
    Rien à ajouter.

    • Déjà il y a très peu de pitta, si ce n’est dans la rue qui porte ce surnom vu que c’est un snack grec. Vous parlez sans doute des snacks arabes ou turcs, qui répondent simplement à une offre et une demande (de la restauration rapide et pas chère) puisque une ville a des besoins spécifiques: aller vite et ne pas trop dépenser. Seuls les bons fonctionnaires ont souvent le temps de prendre une pause restaurant à midi. Ensuite, l’Etat avantage l’ouverture de petits commerces comme les snacks et pas les restaurants. Plutôt que de taxer de petits établissements, ne faudrait-il pas d’abord se demander pourquoi un si gros écart existe? Il n’y a pas de restaurants stoemp. Ce terme est né d’un délire proche de l’orientalisme. Par contre, de bons restaurants dans la capitale, on pourrait en faire une très longue liste. Mais je n’ai pas à la fournir, puisqu’un minimum d’honnêteté intellectuelle et de recherche permet de les trouver.

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