Fermez les yeux (bon pas vraiment si vous souhaitez lire cet article) et imaginez le meilleur ambassadeur de l’art culinaire belge… Le chocolat ? Non pas vraiment. La bière ! On y pensait aussi mais ce n’est pas le moment. Allez… La frite, évidemment ! D’ailleurs, réfléchissez : quelle serait votre réaction face à des amis Français qui déclareraient que leur pays a inventé la frite ? Voilà pourquoi nous allons vous donner quelques arguments pour leur répondre (sans lancer de la sauce au visage, ce serait du gâchis).

Commençons par l’invention de la frite ! Déjà, le terme « frite » provient simplement de sa préparation. Mais dans la totalité des anciens livres décrivant la fameuse pomme-de-terre frite, la forme de la coupe reste inconnue. Pire, les gourmets d’alors se partageaient souvent des chips ! Il faut attendre le 16ème siècle pour observer un archivage de la recette connue de nos jours… du côté de la République Tchèque.

Épluchons donc les archives belges. Une légende, citant un texte daté de 1680 (étrangement introuvable), indiquerait que les habitants de Dinant, Andenne et Namur remplaçaient les petits poissons panés par des pommes-de-terre lors des disettes. De quoi mimer un plat populaire, avec un aliment de substitution et créer les fameuses frites. Sauf que la patate n’arrive chez nous qu’aux environs de 1735 et que la graisse coûtait très cher à cette époque. La première preuve écrite de la coupe des frites belges provient du livre Economie culinaire (de Philippe Edouard Cauderlier)… en 1861.

Vous voyez vos comparses sourire. Car une autre histoire lie l’invention ou en tout cas la première trace historique de la frite à la fameuse Révolution Française (1789). Les pommes-de-terre « pont-neuf » devraient leur nom au fameux pont de Paris. A nouveau, plusieurs livres citent les recettes ou la qualité gustative des frites… en réalité des pommes-de-terre souvent coupées en simples tranches ! L’honneur est sauf : la France d’alors cuisine la pomme-de-terre comme les autres pays du monde et se rapproche plus de la chips.

Ainsi, aucune preuve historique (donc écrite) ne permet à la Belgique de s’approprier la paternité (ou maternité) de la fameuse frite qui dore pourtant son blason international. Pire, aucune preuve historique ancienne ne lie la coupe en bâtonnets que nous connaissons tous à l’appellation des frites, mot utilisé dans le passé pour décrire les chips. De quoi mieux comprendre la variante si connue du “fish and chips” chez nos voisins anglais.

BONUS: Parlons justement de nom. Beaucoup de Belges s’offusquent du nom anglais “French fries” pour désigner les fameuses frites. L’origine de ce nom ne provient pourtant pas du pays en question, connu pour sa haute gastronomie mais pas forcément pour ses frites… Par contre, le type de coupe utilisé pour tailler les patates dans la forme désirée se traduit par… “à la française”. Ouf, l’honneur est sauf!

Article originellement publié pour Brussels Ketjep (miam)!